Résumé :

Dans Le Goût du péché, Esparbec nous décrit avec sa verve habituelle les turpitudes auxquelles se livrent (chacune de son côté) une mère et sa fille, pour tuer l'ennui d'une fin de saison estivale dans un hôtel de la côte normande, à la fin des années trente. De ces deux vacancières lubriques, il serait difficile de dire qui mérite l'Oscar de la concupiscence ! Des grooms en rut aux servantes délurées, du maître d'hôtel patelin au vieil amateur de fruits verts, du cynique don Juan de Riviera porté sur la fessée au notaire libidineux qui aime bien "partager" ses conquêtes avec ses amis, devant un feu de bois, tout le monde y passe, tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre, et personne ne s'en plaint ... surtout pas les lecteurs !

Mon avis :

Je viens tout juste de terminer la lecture de ce livre et je dois avouer que j'éprouve toujours le même plaisir à la lecture d'un roman d'Esparbec. J'avais d'ailleurs hâte de le commencer après son achat et encore une fois, je n'ai pas été déçue.

C'est avec un grand plaisir et une certaine excitation que j'ai longuement parcouru ce livre avant de commencer sa lecture. Amoureuse des livres, du papier, des mots tout autant que de la lecture en elle-même, j'ai aimé le découvrir avant de commencer l'histoire. Une fois de plus, j'ai été séduite par le couverture de ce livre, une fille portant de jolis bas, qui seront d'ailleurs très souvent portés par les femmes dans ce livre.. Une belle couverture, caractéristique des romans d'Esparbec et reconnaissable entre mille. 

Découvrons ensuite la critique de Wiaz, du Nouvel Observateur "Esparbec, érotomane de caractère et pornographe de profession, poursuit son oeuvre littéraire. C'est un écrivain, un vrai, et il le sait. Dans un genre totalement et injustement méprisé, Esparbec, livre après livre, fait une oeuvre". Je suis on ne peut plus d'accord avec cette critique qui donne envie de tourner les pages pour découvrir l'oeuvre que l'on a entre les mains ...

Nous arrivons ensuite sur un petit message d'Esparbec pour nous, lectrices : "Aux lectrices qui se plaignent que mes livres sont trop lourds pour qu'on les lise d'une main (la droite, pour les gauchères) : j'ai entendu votre prière, celui-ci pèse dix grammes de moins que le précédent (Amour et Popotin)". Alors, merci Esparbec mais le mieux est encore de poser le livre lors de sa lecture pour avoir les deux mains libres ... A noter cependant la petite touche d'humour que j'aime beaucoup, souvent présente dans les récits de cet auteur lorsqu'il s'adresse aux lecteurs. Ce petit message est suivi par un avertissement d'Esparbec qui, toujours avec beaucoup d'humour, nous rapelle que "ce livre est bien un roman cochon" et que le cul de l'héroïne de ce roman (bien qu'elle soit inventée) lui appartient et qu'elle en fait ce qu'elle veut. Un bon rappelle à l'ordre pour les "mal-baisées" !

 

Entrons ensuite au coeur de l'histoire. Nellie, une adolescente passant ses vacances avec sa mère sur la côte normande décide de tenir un journal intime car elle s'ennuie fermement, du moins, au début ... Elle y raconte alors ses premiers émois sexuels, ses découvertes, ses expériences mais aussi celles de sa mère, épouse infidèle.

Je suis très vite entrée dans ce récit écrit par une jeune fille à laquelle on finit par s'attacher et j'ai beaucoup aimé suivre son évolution, l'évolution de ses expériences mais également de sa façon de penser; évolution que l'on ressent très bien en s'attachant à observer la qualité de son écriture qui semble mûrir en même temps qu'elle. Nous la rencontrons totalement ignorante en matière de sexualité, naïve, très facilement excitable et qui passe une grande partie de son temps à se "truquer" seule ou avec son amie Birdie ...

"On s'enfermait dans la salle de bain et on retirait nos maillots. Je lui savonnais son abricot sur le bidet, et après, elle me lavait le mien, elle retirait tout le sable que j'avais dedans, en farfouillant avec son doigt. Puis on se tripotait sur le lit jusqu'à ce que sonne l'heure du repas."

"Dès qu'on était sur mon lit, vous pensez bien, la sieste était la dernière chose dont nous avions envie, on enlevait nos culottes et on recommençait."

... et nous la laissons plus épanouie, après avoir eu plusieurs expériences avec des hommes et des femmes, après avoir été capable de prendre le pouvoir et d'humilier son "amoureux" et surtout avec des projets pour les prochaines vacances, qui n'arriveront malheureusement pas ... Ma seule petite déception concernant Nellie est de ne pas avoir assisté à la perte de sa virginité. En effet, elle l'était toujours lorsque j'ai refermé ce livre ...

"Imaginez-le se mettant nu dans ma chambre. Je suis assise habillée, lui, tout nu, debout, attend son sort... Je lui enfonce un doigt dans le derrière, parce que le trou n'est pas assez ouvert. Ou je tire sur les prunes, je lui asticote son petit morceau rouge à cru. Et lui doit accepter sans bouger... Je lui mets du rouge aux joues, je lui fais les lèvres. Puis du noir sur les paupières...Je me prends au jeu, je trouve ça vraiment excitant ... Alors je vais chercher la brosse à cheveux de maman et je lui enfonce sadiquement dans les entrailles ..."

 

La mère de Nellie, quant à elle, est tout son opposé, bien qu'elle soit également accro au sexe et qu'elle manque de volonté lorsqu'il s'agit de résister, elle est incapable de prendre le pouvoir face à un homme et semble prendre beaucoup de plaisir dans son rôle d'"idiote soumise".

Cela donne des scènes très plaisantes où les hommes prennent le pouvoir, la soumette et l'humilie. Mais qu'est ce qu'elle aime ca, Meg, ...

"Il avait cueilli les bouts mauves entre le pouce et l'index et tirait dessus, en les tortillant ...Il lui pétrissait la poitrine comme s'il avait essoré des éponges."

Cependant, bien que les scènes d'exhibition soient plutôt excitantes, j'ai été un peu déçue qu'elles soient parfois longues et répétitives et qu'ensuite les scènes racontant les relations sexuelles soient à peine citées sans vraiment de détails. Cela donne cependant encore plus envie de tourner les pages pour en savoir plus. Et puis, il faut bien avouer que les scènes vécues par Nellie sont, elles, généralement bien détaillées et très excitantes, que ce soit les plaisirs entre filles, ses aventures avec les grooms de l'hôtel, avec un vieil homme très attirée par les jeunes filles ... J'aurais adoré une description aussi précise pour les aventures de sa mère, Meg, notamment lorsque son "amant" décide de la prêter à d'autres ou qu'elle passe une soirée seule avec quatre hommes ... C'est donc à nous, lecteur, de les imaginer ... :p.

 

Malgré le caractère pornographique de ce roman, j'ai beaucoup aimé y relever quelques touches d'humour ou de poésie par-ci par-là, si caractéristiques de la plume d'Esparbec.

"Nous, les femmes, on est commet les fleurs. Surtout entre les cuisses : dès qu'il y a du soleil, on s'éapnouit et la rosée suinte ..."

Pour résumé, il s'agit la d'un roman de qualité, excitant et très bien écrit, qui mélange à la perfection plusieurs types d'envies/fantasmes et qui donne "le goût du péché" ...