Après l'érotisme et la santé, voici un autre de mes centres d'intérêt : la guerre. Pour commencer mon exploration de cette littérature, je vais vous parler d'un ouvrage un peu ancien (1998) mais toujours d'actualité et ayant eu le Prix littéraire des droits de l'Homme en 1999.

Résumé :

Geniève de Gaulle Anthonioz, déportée à Ravensbrück, écrit, plus de cinquante ans après, le récit des mois passés au secret, dans le cachot du camp, exclue parmi les exclus.

Pourquoi écrire aujourd'hui seulement ? Cette traversée de la nuit est-elle à l'origine des choix de sa vie future, cette attention portée à ceux qui sont victimes d'exclusion ? A ces questions l'auteur ne répond pas. C'est la simplicité même du récit et la stupéfiante fraîcheur d'une mémoire inguérissable qui témoignent. De cette expérience nul ne peut sortir indemne.

Mon avis:

Geneviève de Gaulle, nièce du général de Gaulle, matricule 27372, a été déportée à Ravensbrück le 3 février 1944 pour faits de résistance.

Dans ce court récit (58 pages), elle ne nous parle ni de son action en tant que résistante, ni de sa vie après son passage dans ce camp. Elle se concentre simplement sur une période de quelques mois durant lesquels elle a vécu au cachot tout en nous relatant l'horreur de la vie à Ravensbrück. Sa description de ce moment en particulier rend la lecture assez intense, comme si son récit avait lieu au présent et non il y a des dizaines d'années.

"Pour le moment, je suis dans un bâtiment à l'intérieur du camp de Ravensbrück, appelé bunker. C'est une prison qui sert aussi de cachot. En ce cas, il n'y a pas de couverture, ni de paillasse, le pain est distribué tous les trois jours, la soupe tous les cinq jours."

Dès les premières pages, nous plongeons dans l'horreur notamment en raison du récit d'essais médicaux ou de tortures qui font froid dans le dos.

"Ces jeunes filles polonaises ont subi des prélèvements d'os et de muscles, certaines jusqu'à six fois, et le chirurgien a contaminé les blessures avec la gangrène, le tétanos ou le streptocoque."

"Massacrées à coups de pioche, mordues par les chiens. Je l'ai vu, j'ai entendu ces horribles plaintes sans pouvoir leur porter secours."

Du fond de son cachot, Geneviève lutte chaque jour pour ne pas céder au désespoir, malgré ses angoisses et son oppressante solitude, elle fait preuve d'un courage hors norme pour garder l'espoir de sortir un jour de ce camp de femmes.

"Il ne m'est plus indifférent de vivre ou de mourir. Je veux retrouver ceux que j'aime, le printemps et les arbres en fleur. Quand je reviendrai à Paris, j'irai revoir les Nymphéas de Monet à l'Orangerie."

Malgré l'horreur vécues par ces femmes au sein de ce monde concentrationnaire, ce récit intime, si bien écrit, est un témoignage bouleversant de force et de courage mais aussi de solidarité et de foi entre l'être humain.

"Rêver seulement de vous retrouver, de partager la mauvaise boisson, le pain gris et dur, la soupe où nagent quelques rutabagas ... et surtout la douceur d'une main serrée, la tendresse d'un regard."

"Il y a quelques jours, nous avons fêté ensemble mon anniversaire. Sur le gâteau, pour lequel chacune a apporté un peu de mie de pain, vingt-quatre brindilles figuraient les bougies dans un décor de feuilles cueillies en hâte pendant le travail de terrassement."

"Mes camarades m'ont rappelé cette chaîne de fraternité qui nous unit les uns autres autres."

Grâce à son lien de parenté avec le Général de Gaulle, Geneviève aura un statut de "privilégiée" au sein du camp. Elle sera ensuite libérée sans jamais en connaître les vraies raisons.

Voilà un récit court, mais très touchant, venant compléter les nombreux témoignages relatifs à cette période sombre de l'histoire, avec la volonté supplémentaire de donner un souffle d'espoir face à la vie.