Trois femmes, trois générations, trois continents.

Radhika, la belle Indienne déracinée, mariée par son père à un major anglais qui l’emmène loin de sa terre natale.

Anita, l’adolescente britannique qui rencontre sur le chemin du pays de ses ancêtres un Français fou de l’Inde.

Et Mira, la quarteronne au doux visage couleur de mangue, partie vivre en Afrique où son destin l’attend. Sur le sentier sinueux de la tolérance, chacune apprendra à combattre les préjugés et à déjouer les pièges de l’exil en invoquant les traditions.

La Saison des mangues est un voyage aux saveurs universelles, un hymne au partage, une ode à la mixité culturelle.

Sensible et juste, Cécile Huguenin nous entraîne dans un univers magique où la vie n’est pas exempte de douleurs mais sonne avant tout comme un espoir, une promesse.

Mon avis :

Voici un très beau roman, touchant et juste grâce à la plume fluide et maîtrisée de l’auteure. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant la lecture de ce récit, mais je me suis très rapidement laissée emporter par la beauté de ses formulations, par la précision de ses descriptions qui m’ont permis de voyager de façon agréable d’Occident en Inde, puis en Afrique.

J’ai aimé suivre le parcours de ces trois femmes, si semblables et pourtant si différentes, assister à leur quête d’identité, à leur peur de se perdre ou au contraire à leur volonté de fuir leurs racines.

Nous suivons donc Anita, cette femme de 54 ans, née en Angleterre mais élevée en Inde à partir de ses 13 ans et finalement venue en France depuis 22 ans pour suivre François, le grand amour de sa vie. Une femme très touchante, vivant davantage pour son mari et sa fille que pour elle-même, restant toujours digne malgré les difficultés et se rendant compte un peu tard qu’elle doit également vivre sa propre vie. Anita est une femme perdue entre deux cultures, qui finit par avoir peur de se perdre elle-même.

« La poudre d’or illumine instantanément son visage. L’alchimie se produit. Fusion de ses deux histoires, de sa double origine. L’anglaise et l’indienne se mêlent et se confondent. Anita s’y applique avec le plus grand sérieux, comme si au fond de cette poêle antiadhésive se jouait chaque matin la guerre et l’alliance entre ses deux cultures.

Une spirale de parfums métissés la pénètre et la bouleverse au plus profond de son être. Et de ce chaos intime jaillit, pour la seconde fois, une question intempestive.

Depuis combien de temps ne se sent-elle plus indienne ? se demande-t-elle sans freiner le geste qui saupoudre ses œufs d’une nouvelle couche de curcuma. »

En parallèle, nous avons également des informations sur Radikha, la mère d’Anita, vendue par son père à un Anglais lors de l’Indépendance de l’Inde. Emmenée en Angleterre par cet homme, celle-ci souffrira du mal de son pays jusqu’à ce qu’elle puisse enfin y retourner.

« D’abord se nuits furent hantées par des voix, des sons, des mélodies, des prières. […] Alors, peu à peu, pour fuir ces retrouvailles douloureuses, elle ne dormit plus et prit l’habitude nocturne de rôder dans les couloirs du manoir, pieds nus et revêtue de son unique sari. Plus tard virent les bouffées d’odeurs. »

La troisième femme de cette lignée, Mira, une jeune femme de 22 ans rejetant l’Inde et ses racines, allant jusqu’à changer son prénom pour se faire appeler Mari-sans-e, décide quant à elle de se tourner vers un autre continent, l’Afrique.

« Petite fille au visage indécis, elle semblait avoir du mal à harmoniser le patrimoine génétique dont elle était constituée. »

C’est dans ce pays qu’elle fera la rencontre de Laurent, un jeune homme fuyant sa petite vie bourgeoise et des études qu’il ne fait que pour satisfaire son père pour tenter une aventure humanitaire. Bien plus qu’un projet humanitaire, ce voyage, bien que difficile pour lui, ressemblera à une véritable quête personnelle lui permettant finalement d’évoluer, de grandir et de trouver sa voie.

Ce roman, permettant un voyage au fil des pages, est comme son résumé l’indique une magnifique ode à la mixité culturelle et au partage et fût un véritable coup de cœur pour moi. J’ai beaucoup aimé en apprendre davantage sur l’histoire, les coutumes et traditions de ces deux continents, sur la façon de vivre de ces peuples au fil d’explications parfois surprenantes mais toujours bienveillantes.

Ce roman est également enrichi de quelques intermèdes au récit se focalisant plus particulièrement sur certains moments de la vie comme lors d’un passage dans un magasin d’épices qui nous donnerait presque l’impression de sentir toutes ces odeurs si bien décrites.

Nous pouvons aussi y relever de très belles tournures de phrases, souvent imagées et lourdes de sens.

« Radhika, qui de son côté paraissait apaisée au seuil de la mort eut le temps de célébrer leurs noces avant de succomber au cancer de mots refoulés qui s’était noué dans sa gorge sous la domination du major. »

De plus, je pense que ce roman pourra faire écho en de nombreuses personnes, permettant une petite réflexion sur soi-même, sur son identité mais également sur les voies que nous choisissons dans la vie.

Voici donc un très bon premier roman, écrit par Cécile Huguenin, psychologue et auteure du témoignage Alzheimer mon amour.